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 Brasse... coulée...

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Caleb
Invité



MessageSujet: Brasse... coulée...   Dim 25 Mai 2008 - 20:03

[et c'est parti mon kiki! ^^ inaugurons ce monde]




Vous vous êtes déjà évanoui?

Je ne vous parle pas d'une syncope, ou du choc vagual que vous avez eu lorsqu'on vous a annoncé que l'amour de votre vie s'était tué en voiture. Je vous demande si vous vous êtes déjà évanoui à cause d'un traumatisme crânien, ou à cause d'une douleur physique insupportable. La perte de connaissance qui correspond au coupe-circuit de l'organisme. Lorsque votre corps met votre cerveau hors tension, en lui disant fébrilement que "t'inquiète pas, je vais réparer ce truc, ça va aller, ça va aller".

Si cela vous arrive, il est possible que votre encéphale disjoncte complètement, et dans ce cas c'est le coma et ses innombrables surprises développées en d'autres lieux. Mais à l'inverse, il se peut que vous ne soyez pas tout à fait déconnecté. Que vous ayez conscience, à travers un voile noir et cotonneux, que vous vous videz de votre sang, ou que des gens hurlent autour de vous. Ou que, bien que théoriquement immortel, vous êtes blessé à mort.

Et que vous êtes en train de vous noyer
.


_____________________________________________________________



Un hoquet, un cri qui se résume en une volée de bulles, et deux yeux paniqués qui s'ouvrent en grand dans l'onde trouble et salée. Un autre hoquet, des poumons qui cherchent à se remplir et ne trouvent que de l'eau, partout de l'eau, alors que depuis le ventre de sa mère il a eu tout le temps d'oublier comment on respirait là-dedans. Il va se noyer. Vent de folie, terreur paralysante qui manque de le tuer plus sûrement que tout ce qui a précédé. Il va se noyer!

Et puis un flash: il sait nager, bon sang!

Il bat des pieds (douleur à droite, mais ce n'est pas important), agite les bras, cherche la faible lueur qui trahit la surface. La trouve. Il pédale furieusement, gêné par ses chaussures, disgrâcieux humanoïde qui n'est pas conçu pour évoluer dans du liquide, mais ses forces de lamia compensent ses faiblesses physiologiques et enfin il émerge, et son inspiration avide est un cri à l'envers. Un bref et miraculeux instant, il est tout simplement heureux d'être vivant. Puis il comprend que quelque chose ne va pas du tout.

Caleb pensait se faire accueillir par une grêle de balles. Seul le murmure des vagues lui souhaite la bienvenue sous ce ciel qu'il a quitté de jour et retrouve de nuit.

Sans cesser de tousser pour expulser de ses bronches l'eau qui a pu s'y infiltrer, le lamia regarde autour de lui, risible petite tête ahurie perdue au milieu de... de...

Ben oui, d'un océan.

Est-ce qu'il rêve encore? Il s'est bien évanoui, il le sait, il a même imaginé qu'il bavardait avec un type blanchâtre, genre albinos. Mais si on peut croire en le faisant qu'un rêve est la réalité, on ne peut jamais confondre la réalité avec un rêve.

"Mais..."

Le son de sa voix, rauque et incrédule, achève de le convaincre: non, il ne dort pas. Tout ceci est réel, parfaitement réel - en tout cas ce n'est pas un rêve. Il est ici, aussi sûrement que l'instant d'avant il était en Assiah. Son corps est bien tangible dans cette mer au goût de larme, il sent avec une extraordinaire acuité ses vêtements trempés, son genou qui lui fait mal à chaque fois qu'il plie la jambe...

Minute. Plier la jambe? Son genou est en miettes, comment est-ce qu'il pourrait plier la jambe? Comment pourrait-il battre des pieds pour rester en surface? Et d'ailleurs, puisqu'on y est, est-ce qu'il n'est pas l'heureux propriétaire d'une demi-douzaine de blessures profondes que toute cette eau salée devrait transformer en hurlements sans fin?

Caleb se tâte, s'explore à travers le tissu de son costume, buvant la tasse par la même occasion. Il finit même par mettre la tête sous l'eau, avec l'espoir débile qu'il pourra distinguer sa jambe à travers la nuit de cette masse liquide. Le constat est sans appel: il porte toujours la même chemise, imbibée d'hémoglobine et trouée par les balles. En-dessous, sa chair est intacte. Son pantalon est déchiré, mais si son genou l'élance, c'est d'une douleur articulaire, interne. Sous ses doigts tâtonnants, la peau est tourmentée, mais la rotule est en place, et les artères intactes.

Et sa boîte crânienne, évidemment, est complète.

Vivement, il rassemble ses souvenirs. Son attaque suicide contre l'Inquisition qui étouffait son monde. L'intervention du gamin aveugle, qui avait tout détraqué. Leur fuite sous les balles, la morsure qui avait permis à Caleb de continuer à courir malgré sa guibole presque coupée en deux. Ils avaient volé un taxi, avaient essayé de s'enfuir par les quais du Jourdain. Puis... puis ils étaient tombés sur un barrage, c'est ça. Deux motards, des flics, pas des inquisiteurs mais de bons vieux flics, qui avaient tiré sans sommation sur le chauffard qui leur fonçait dessus. Caleb se rappelait son coup de volant instinctif, vers la rivière, il se rappelait le choc sur sa tempe - l'impact d'une balle, une balle dans la tête, seul moyen de tuer un lamia, c'était une balle il en était sûr. Et puis... et puis...

Merde, et l'aveugle?

"Eh! Eh, ptit con, t'es là?!"
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Asphodèl
Invité



MessageSujet: Re: Brasse... coulée...   Lun 26 Mai 2008 - 0:59

L'air...
L'air...
PUTAIN L'AIR !


CE BORDEL DE PUTAIN DE ...


C'est poisseux, mélancolique... Comme une réminiscence d'un liquide amniotiques... Il se sent bercé Asphodèle, il se sent écrasé de pression, de murmures... de larmes.
Comme le poison dont on ne peut rompre le charme, il donne peu à peu certaines saveurs... à la dernière heure.

*Je pleure ?*

Non, Asphodèle, c'est l'Océanide qui hurle à tes yeux aveugles, sa naissance cruelle. C'était ça le goût, cette amertume, celle que tu avales à pleine goulée.
Celle que tu ne peux pas recracher, car elle s'est déjà immiscée en toi.

C'est que tu ne sais pas nager.

Peut-être que... ce fameux reflet, cet autre toi qui te fit plonger, peut-être qu'il le savait.
Et était-ce vraiment toi ? Tu ne t'étais jamais vu avant ça, tes rêves ne sont peuplés que d'êtres sans visages... Alors, pourquoi as tu saisie cette main qui se reflétait ? Pourquoi cette confiance, cette hantise teintée de hargne ? Tu as senti, Asphodèle, tu as senti que ton double en savait bien plus que toi. Que ton double, portait le nom "d'autrefois".



*Je vais mourir ?

L'autre a dit... Qu'est ce qu'il disait déjà ?
Ah ouais, faire ses preuves.
Normalement, on touche le fond, avant de pouvoir remonter.
Si ici y'en a pas, va y'avoir un soucis.*


Pire encore que ce que tu ressentais... Il n'y a pas... si longtemps ? Non ? Tu es incapable de te replacer les évènements.
Tu sentais juste qu'on te trainait, tu sentais juste un halètement, des pulsations, des cris, du bruit. Tout semblait comme amorti en une de ses rêveries... Celles que tu détestes.
Celle où tu crois percevoir... des bouts de ta mémoire.

*J'veux pas crever. Pas MAINTENANT. Faut que je fasse la peau à l'autre abruti.*

Ce n'est pas que ce soit le plus important. Mais tu t'y raccroches violemment, il te faut bien un but, quelque chose pour rugir en toi, quelque chose pour attiser cette flamme qui jamais n'a cessé, même dans le vide... le noir le plus complet. Alors même cette insanité, cette stupide rancune envers un être que tu viens à peine de rencontrer... Tu n'iras pas la lacher. Car à ce que tu as compris, ici, "oublier", c'est comme une monnaie.
Sauf qu'il n'y a que le vide en échange.
Et toi, ce vide... Tu le connais.


Alors tu t'y refuses. La moindre parcelle de ton histoire, la moindre poussière, la moindre cicatrice, et toutes les merdes qui ont bien pu te salir
... méritent TOUTES leurs souvenirs.


Ses paupières tout à l'heure closes, s'ouvrent violemment vers l'immensité des abysses.
Il n'y a rien de pire que l'eau pour un aveugle, car il est incapable de se situer, de s'orienter, il n'y a pas de poids, c'est une autre immensité, une autre perte.
Quelques bulles s'échappent, les dernières qu'il lui reste.


Asphodèle s'échine, s'ébat comme un beau diable. La rage le presse soudainement.
NON ! Il en crèvera pas comme ça. C'est quoi ici ? Il s'en fout ! Il l'a dit, il l'a promis et il n'OUBLIERA PAS !

" Tu m'entends ESPÈCE DE CONNARD D'ENFOIRE DE TARLOUZE D'ALBINOS ?"

Une phrase qui rend bientôt un baragouinement incompréhensible, aux rares échappées d'oxygen.

Sa tête heurte quelque chose, en mouvement, assez fort pour lui cisailler l'arcade. Il essaie de l'attraper , désespérément, se saisir de...

Ce sont des doigts qui s'agrippent à une jambe. Celle d'un autre naufragé.

Des doigts qui bien vite, n'ont plus aucune force. Et glissent tout au long de ce dernier rempart vers la vie, alors que l'aveugle, le regard exorbité sentait bien qu'il était presque tiré d'affaire.

Mais il manque d'air.
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Caleb
Invité



MessageSujet: Re: Brasse... coulée...   Lun 26 Mai 2008 - 21:18

Caleb ne panique pas. Dans son métier, c'est quelque chose de fortement déconseillé. Il préfère regarder autour de lui, et réfléchir aussi vite qu'il le peut.

Question numéro un: que s'est-il passé? Son cerveau ne trouve aucune explication, aucun lien entre les eaux polluées du Jourdain et cette étendue mouvante dont l'écume roule avec un bruit de sanglot. Peut-être qu'il est mort, et que le machin albinos qu'il a croisé est une sorte de Passeur. Peut-être qu'un lamia au cerveau détruit ne cese pas de vivre, mais que son esprit en morceaux est condamné à halluciner pour l'éternité. Mais ces théories fumeuses ne l'avancent pas à grand chose.

Donc réponse à la question numéro un: on s'en fout, on pensera à ça plus tard.

Question numéro deux: où est l'aveugle? Seul l'écho répond aux appels de Caleb, et aucune silhouette humaine ne vient troubler la monotonie des vagues.

Donc réponse à la question numéro deux: pas là, ou alors coulé à pic.

Question numéro trois: et maintenant qu'est-ce que je fais? Voilà, ça c'est un problème comme il les aime: pas de philosophie tordue, pas de mise en abîme existencielle. Quelque chose de pratique, tangible, technique. Comment survivre. Ca, il sait y répondre. Le reste, il le laisse à des gens comme Azraël.

Fatigué de faire du surplace, Caleb décide de nager, en bénissant mentalement ces tarés de l'orphelinat et leurs interminables cours de natation ("anime sana in corpore sano"). Ses chaussures dont il n'ose pas se débarrasser le gênent, et en bon fumeur il s'essouffle vite, mais il compense avec la puissance de ses muscles de lamia. Régulièrement, d'une brasse un peu plus puissante, il tente de s'élever au-dessus de la surface et de regarder le plus loin possible. Partout, le ciel étoilé semble toucher l'eau. Sur sa droite, une lointaine et chaude lueur, qui doit être un lever ou un coucher de soleil. Et un peu devant lui... Caleb ralentit, tend le cou.

Ouais, c'est bien un rocher. Un petit machin d'un mètre cinquante de diamètre pour un mètre de hauteur pointue et déchirée, mais un truc solide quand même. Quelque chose sur lequel on peut se hisser le temps de souffler. Quelque chose qui traduit (forcément) la proximité d'une côte, qui lui crèvera certainement les yeux dès qu'il fera jour.

Il recommence à avancer, un peu plus vif dans sa hâte d'être au sec.

Son pied gauche bute dans quelque chose. Instantanément, l'obstacle se fait mouvant, vivant, s'enroule autour de sa jambe et paralyse son genou valide. Horreur vive et brûlante, incompréhensible pour ceux qui n'ont jamais nagé en haute mer, qui ne se sont jamais sentis réduits à l'état de petite chose en suspension au-dessus d'un immense vide, peuplé de mystère et de monstres goulus.

Caleb crie, est entraîné sous l'eau et boit la tasse.

A nouveau le noir, le manque d'air, et cette fois sa stupide exclamation de surprise et de peur a vidé ses poumons. Furieusement, il flanque un coup de talon à la chose qui s'accroche, à ce monstre qui l'entraîne loin de la surface - il veut se dégager, rien d'autre n'a d'importance, se dégager, remonter, respirer, laisse-moi vivre saloperie!

Et peut-être une fraction de seconde avant que la prise ne se relâche, il comprend que les immondes appendices étaient des mains. Les mains d'un type beaucoup plus mal barré que lui, un type dont, allez savoir pourquoi, il soupçonne fortement l'identité.

Mais les poumons de Caleb brûlent de chercher en vain l'oxygène qui leur est nécessaire, et le lamia ne prend pas le temps de réfléchir: il remonte d'un battement de jambe, grimaçant quand son genou rouillé lui donne l'impression de grincer. Son visage perce la surface, il inspire profondément, avec le même soulagement que la première fois. Puis il replonge, tout de suite, avant que cette andouille ait coulé trop profondément pour qu'il le distingue encore dans cet océan nocturne. Sa main se tend, chope un morceau de tissu. Il tire, hisse ce boulet vers le haut, et cette fois ils sont deux à retrouver le ciel étoilé.

Caleb maintient la tête de l'autre au-dessus de l'eau, tousse, crache et gueule:

"Mais t'as vraiment décidé de me tuer, espèce de taré?!"

Sauf qu'il n'est pas vraiment en colère. Bon, son coeur bat trop vite à cause du choc, et son amour propre en a pris un coup (ben oui, l'espace d'un instant il a quand même été convaincu que c'était une pieuvre géante qui l'avait attrapé), mais retrouver une tête connue dans ce théâtre d'invraisemblance, fut-elle connue depuis si peu de temps, est un réconfort difficilement concevable.

Même si vous avez failli boire tout le sang de la tête connue en question et qu'elle n'a pas trouvé d'autre riposte que de vous planter votre propre couteau dans le bide. Et que vous venez de lui flanquer un coup de pied en pleine gueule.

Caleb passe un bras sous l'aisselle du gamin détrempé et lui tient le menton pour l'empêcher de piquer du nez dans la flotte, avant de reprendre la direction du rocher. Il n'est pas très fort en secourisme, et l'autre doit avaler pas mal d'eau salée, mais c'est ça où il le laisse couler, vu que visiblement le pas doué ne sait pas nager.

"J'te jure... combien de fois va encore falloir que je te sauve la vie alors que t'essaie visiblement de bousiller la mienne?..."
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Aspho
Invité



MessageSujet: Re: Brasse... coulée...   Dim 8 Juin 2008 - 23:33

Sa dernière chance...
Sa dernière chance s'ébroue, sa dernière chance veut visiblement qu'il s'enfonce encore. Plus la force de s'interroger comment, et pourquoi il ne peut plus lutter... Les larmes ont déjà envahies sa bouche à son cri... Elles gorgent peu à peu ses poumons.
Asphodèle ne peut même pas esquiver les coups de cette jambe affolée, il n'est plus en état de comprendre... qu'il va mourir.

Et puis, comme souvent dans ce genre de situation, c'est le revirement, comme si le destin se moquait consciencieusement des ébats de ces pauvres créatures sur le point de mourir, leur imposant ce fatalisme, et puis, comme si changeant d'avis, s'amusant des ébats désespérés... Elles auront la vie sauve.

Il est aspiré, vers le haut.


Comme si un vent aqueux l'aidait soudainement à battre les ailes vers sa liberté... de décider encore une fois, de décider ce qu'il devra perdre en premier.

On lui gueule à l'oreille, les vociférations percent peu à peu l'aspect cotonneux et si diffus de ce qu'était devenu son monde, comme une lumière soudaine, comme une lame qui pénètre la chair... le voile, pour tout déchirer.

Asphodèle se débat soudainement sous l'étreinte nouvelle, comme reprenant conscience vers ce monde qu'il déteste déjà, recrachant une partie de l'eau contenue, en ravalant une autre, sans comprendre encore et.. reconnaissant cette voix.

*Faut-il que ce soit mes dernières pensées qui s'incarnent ici-bas ?
Ils l'ont mené pour que je l'achève ? Ouais, c'est ça, sûrement ça.*


Des pensées incohérentes alors que le rocher escarpé se rapproche.

La dernière phrase, il l'a parfaitement entendue, arrêtant de se débattre pour le coup, et comprenant enfin (des bribes de) la situation, il se met à s'accrocher au bras qui lui enserre la gorge et à battre furieusement des jambes tout en pestant et jurant.
Asphodèle arrive peu à peu à replacer les évènements dans un sens à peu près...
Dans un sens qui lui parait en fait toujours flou, sauf que le gamin n'a jamais été des plus rationnel, se contentant de se fier à son instinct, celui qui l'enjoint à ne pas couler sa nouvelle bouée d'amarrage.
On règlera les comptes... sur la terre ferme.


- Au moins, on est d'accord sur un truc, arrive t-il à cracher avant de reprendre une belle goulée de Léthé.

Il perçoit soudainement la présence de la roche, comme prévenu et s'y agrippe désespérément, en reprenant son souffle :

- Qu'est ce s'tu fous ici ?

* Et surtout juste à côté de moi*
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Caleb
Invité



MessageSujet: Re: Brasse... coulée...   Dim 15 Juin 2008 - 21:39

Si atteindre le rocher est un soulagement pour Bognosco, c'est également une bénédiction pour l'aveugle: au lieu d'être simplement chiant en demeurant un poids mort, ce dernier s'est mis en tête de râler et gigoter, si bien que le lamia ulcéré a failli l'assommer avant d'arriver à bon port. Et tout ça pour se voir récompenser d'une autre de ces douceurs dont le boulet a le secret.

"De rien ptit con, je suis tellement accroc à tes tendres remerciements que j'ai pas pu m'en empêcher."

Il se hisse sur la roche à la force des bras, sans faire un seul geste pour aider l'autre à faire de même - que cette andouille apprenne d'abord à dire merci. Leur point d'ancrage n'est guère accueillant: ce n'est qu'un pic mal dégrossi de roches coupantes, avec à peine assez de surface plane pour y poser les fesses. Mais c'est toujours mieux que cette eau noire peuplée d'ombres. Caleb se trouve un coin pas trop pointu et s'asseoit lentement, avec un soupir contenu lorsqu'il peut enfin étendre sa jambe droite. A la faible luminosité des étoiles, il confirme ce qu'il a deviné sous l'eau: sous le pantalon déchiré, l'affreux amas d'os et de sang est redevenu un genou presque parfaitement fonctionnel. Des cicatrices ont refermé toutes ses blessures. Et si ses sens de vampire ne le trompent pas, la plaie par balle dans l'épaule de l'aveugle a subi le même sort - suffit de voir l'énergie que le morpion met à se cramponner à leur caillou.

Bognosco réfléchit un instant, se dit qu'après tout ça l'arrange de ne plus se vider de son sang anémique par une demi-douzaine d'orifices contre-natures. Même si la douleur faible mais constante de gond mal huilé qui stagne dans son genou le met bien plus mal à l'aise que la souffrance sans nom qui l'a précédée.

Pense à autre chose.

"Quant à te dire ce que je fous ici, faudrait déjà que je sache où c'est, "ici". Même une taupe dans ton genre a dû percuter qu'on était plus en train de patauger dans le Jourdain."

Un silence, puis:

"T'avais repris connaissance dans le taxi, au moins, où tu me détestes tellement que tu m'insultais dans ton sommeil?"

Tout en bavardant, Bognosco se défait de sa veste trempée et retire sa cravate. Il les accroche à une saillie plus prononcée, avant d'ôter son holster. Il dégaîne son arme, vérifie la sécurité, contrôle le recul du canon. Le chargeur est inspecté à son tour. Il contient toujours six balles, Caleb n'a pas tiré depuis qu'il a quitté le parvis du Tribunal d'Inquisition. Un sourire satisfait passe sur les lèvres du lamia lorsqu'il constate que l'ensemble du pistolet est parfaitement sec à l'intérieur: le matos militaire du Consortium est décidément d'excellente qualité.

"Oublie ça, c'est pas important. Est-ce que tu entends un truc intéressant, un bruit de moteur, une voix, n'importe quoi? Parce que côté vue, c'est le désert: que des vagues et deux trois rochers aussi minables que le nôtre. Des trucs qui flottent par-ci par-là, je ne sais pas si ce sont des planches ou des algues."

Il lève le nez et ajoute:

"Il fait nuit. J'ai jamais vu autant d'étoiles. Et... il y a quelque chose de bizarre dans ce ciel. Un truc pas normal."

Bognosco fronce les sourcils, puis renonce à comprendre que ce qui le dérange, c'est que cet amas de lueurs est totalement anarchique. Pas de Voie Lactée. Aucune constellation.

"Sur ta droite, assez loin d'ici, ça s'éclaircit. Mais pas comme si le soleil était juste sous l'horizon, au contraire. C'est... c'est con, mais on dirait que la nuit devient directement le jour. On peut pratiquement tracer la limite à la règle."

De mieux en mieux... Pour se rassurer, Caleb continue son inventaire et fouille ses poches. Joie, le paquet plastifié a sauvé la plupart de ses Minotaurus! Mais tristesse, il se rappelle aussitôt qu'il a laissé son briquet adoré à une inconnue sur le parvis du Tribunal, alors qu'il pensait son trépas prochain assuré. S'il avait su qu'il s'en sortirait...

L'impact de la balle sur sa tempe.

Frisson. Elle a dû ricocher contre sa boîte crânienne, voilà tout. Il a déjà vu ça, c'est rare mais c'est possible. C'est ce qui lui est arrivé, tout simplement.

Après tout, son reflet avait une tête intacte, non?

Pense à autre chose.

Qu'est-ce qu'il a fait de son couteau? Est-ce qu'il a pensé à le ramasser, après que le gamin l'ait poignardé avec? Merde, ça ne lui ressemble pas d'avoir un trou de mémoire quand il s'agit de trucs aussi importants! A tout hasard, il vérifie le fourreau attaché à son avant-bras. Victoire, il est là! Faut croire qu'il l'a récupéré, dans ce cas. S'il ne s'en souvient plus très précisément, ce n'est pas si grave, n'est-ce pas?...

Il extrait son poignard de sa gangue synthétique, retrouve avec plaisir son contact léger et meurtrier. Coup d'oeil à l'huluberlu qui s'en est servi en dernier. Tiens, au fait...

"Dis, à part trouduc, comment on t'appelle toi?"
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Orphéem
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Idéologie: Aucune

MessageSujet: Re: Brasse... coulée...   Mer 22 Oct 2008 - 16:27

Quand soudain, pris sous l'effet lumineux d'un lampadaire incongrue, une forme d'abord brumeuse s'avance. Si Caleb avait pu reconnaître en ce chapelier, l’apparition de ses visions précédentes, il n’aura pas eu le temps de réagir.
Si ce n'est de répondre à cette main tendue qui le soulèvera lui et son encombrant fardeau en lui murmurant avec tendresse:

- Il semblerait qu'il y ait un changement de programme.
Rassurez-vous, rien de bien nouveau dans votre histoire. Aussi n'est-il pas nécessaire que l'on -l'Eionir- vous rogne d'avantage les mémoires.
Même si pour certains, c'était inutile
, rapide coup d'œil vers l'aveugle vomissant l'eau ingurgitée.

- Il semblerait... que vos existences soient étroitement liées.
Il en est parfois ainsi, pour certaines âmes. Quelque soit l'incarnation, elles se croisent sans cesse sans jamais se perdre. Même s'il leur faut du Temps pour se retrouver vraiment.
On les appelle "Âmes-sœurs".


Il rit d'un bref éclat, illuminant la pénombre.

- Rassurez-vous, 'Caleb', il y a plusieurs degrés de... mmmh... disons... "Fraternité".
Qu'importe après tout, les frères aux destins trahis. Un autre monde attend vos présences.


Les deux hommes ont soudainement disparu, laissant place à deux majestueux papillons blancs, encore hésitant sur le chemin à gravir, se reposant pour l'instant dans la main blême d'Orphéem.

- Certaines résurgences vous hanteront, ainsi en est la fatalité des destins trop marqué. Il faut croire que vous avez ce petit quelque chose qui amuse tant nos parques...

L'éthéré à l'étrange allure, rapproche les Ephémères près de son cœur.

- Vous devrez par Io, mourir par le feu pour renaître prématurément. Il paraît évident que vous conserverez certains résidus mystique de votre passage...

Sa main caresse doucement l'une des antennes du plus jeune papillon.
« Au Royaume des aveugles... Les borgnes sont rois. »
- Envolez-vous compagnons ! Avant que l'Eionir ne vous dévore !
Envolez-vous, vos vies ne seront pas meilleures, mais c'est votre seul espoir... d'existence. »


La lumière, comme l'effet d'une brume... se dissipe.
Et l'étrange lampadaire, et l'albinos accolé, ont disparu.

Deux éphémères volètent au loin, sur ce chemin où seul l'instinct les guidera.

Sur ce chemin où leur destin...
les attendra.


Ce n'est qu'une autre...

"Il sera une fois..."
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Brasse... coulée...
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